Posted By:Pierre-Lionel LaBerge
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Subject:Françoise Gosse, femme de Robert de la Berge,....Prise 2
Post Date:November 17, 2007 at 13:29:17
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En réponse à ton message, mon cher cousin, je dois te dire que le curé de L'Ange-Gardien de l'époque, Messire Gaspard Dufournel, un prêtre de Lyon dont j'ai eu l'honneur d'écrire la biographie, a tout simplement oublié, comme il arrive souvent (car on n'inscrivait pas toujours le décès des femmes et jamais celui des enfants), d'inscrire le décès de Guillaume dans le registre. L'inventaire après décès des biens de celui-ci a bien eu lieu le 31 mars 1729, ce qui laisserait supposer qu'il serait décédé dans les jours, semaines ou mois ayant précédé le décès. Cependant, on trouve dans les Archives de Montréal que, le 4 février 1726, soit trois ans avant la prise de l'inventaire, Guillaume, fils de Guillaume, vend à son frère Jacques, héritier de la terre patrimoniale de L'Ange-Gardien, pour la somme de 70 livres, ses droits dans la succession de son père Guillaume, ton ancêtre et le nôtre. Guillaume Laberge serait plutôt décédé au cours des quelques semaines ou mois précédant cette date de 1726.

J'ai profité de l'occasion pour relire avec plaisir le petit topo déjà paru concernant Françoise Gosse, qui montre que Marie-Ursule Durand est peut-être à l'origine des démêlés nombreux survenus dans notre famille. Elle semble avoir été une procédurière, sinon compulsive, du moins coriace, et qui n'abandonne jamais. Mais il faut aussi convenir qu'elle n'a pas toujours eu non plus tous les torts de son côté. Elle a toujours nourri le sentiment d'avoir été flouée lors du règlement de la succession à la mort de son père, Nicolas Durand, survenue accidentellement semble-t-il à l'âge de 25 ans, le 1er avril 1663, lequel semblait quand même assez bien nanti. La seule présence de son grand'oncle, le sieur Martin Prévost, homme sage et prudent, qui l'assistait lors de la signature de son contrat de mariage le 7 juillet 1698 avec Antoine Huppé-Lagroix, un jeune homme de bonne famille de Beauport, constitue une assurance certaine qu'elle a obtenu pleine et entière justice. Le sieur Prévost est peut-être même à l'origine de cette proposition par laquelle, en retour de la somme de 600 livres, une somme assez appréciable devant lui assurer un bon départ dans la vie, elle consente à renoncer à la succession de son père pour les biens pouvant lui revenir en ce pays seulement, et non ceux pouvant lui venir de France, les Gosse ayant la réputation d'être des gens assez bien nantis. On ne sait rien, d'autre part, de l'état de fortune des Durand de Paris, dont on ne parle jamais. A la mort de Nicolas, un inventaire sommaire fixe à 590 livres la valeur des biens délaissés par le défunt, ce qui signifie que la moitié de ceux-ci reviennent à la veuve et l'autre moitié à la fille. Alors, ce montant de 600 livres, payable en 6 versements annuels de 100 livres chacun, une quinzaine d'années plus tard, semble bien raisonnable, eu égard à la conjoncture de l'époque.

Le 2 février 1697, Robert et Françoise vendent leur terre à leurs fils Nicolas et Guillaume Laberge pour la somme de 2,600 livres, en retour d'une rente devant assurer leur subsistance leur vie durant, le capital étant payable à leurs héritiers à leur mort. Marie-Ursule décide de faire annuler cette entente de 600 livres afin de figurer parmi les héritiers éventuels. Peut-être n'a-t-elle pas entièrement tort. Des procédures nombreuses devant la Prévôté de Québec à partir du 7 juillet 1698 avant de se transporter devant le Conseil Souverain de la Nouvelle-France qui la déboute de ses prétentions le 22 août 1703. Elle revient de nouveau à la charge le 8 février 1706 afin de faire annuler cette dernière sentence, et elle est de nouveau déboutée. A la mort de son épux, elle rapplique encore le 21 novembre 1731 devant le Conseil Supérieur qui la renvoie définitivement de ses prétentions par une sentence du 17 novembre 1732 et la condamne en même temps à une amende de 45 livres.

Notre ancêtre, d'ailleurs fort méritant, Robert, a trainé pendant toute sa vie une réputation de mauvais payeur. Une autre preuve de cet avancé. Le 21 février 1684, Antoine Huppé, époux de Marie-Ursule Durand, réclame de Robert le paiement des 600 livres, en plus des intérêts courus depuis l'entente survenu lors de la signature de leur contrat de mariage en 1698. Donc, près de sept ans plus tard, les Huppé n'ont encore touché aucun paiement de ceux convenus à l'entente. Et ce n'est que le 22 mars 1694 qu'un règlement final arrive avec le paiement de 44 livres sur le solde final des 600 livres, après un laps de temps de plus de 17 ans. Et force est de constater la mauvaise foi évidente montrée par Robert, notre ancêtre, au cours de ces tractations, et que l'entente cordiale ne régnait certes pas parmi tous ces protagonistes.

Enfin, on peut supposer que Marie-Ursule a pris sa mère avec elle sur la fin de sa vie, plus par cupidité que par amour filial. Même si celle-ci était toujours rattachée jusqu'à son décès à la terre patrimoniale de L'Ange-Gardien, selon la coutume qui s'est perpétuée à venir jusqu'à ces quelque dernières générations. Et celà, surtout pour espérer pouvoir enfin récupérer les quelques derniers biens venant de sa mère, son lit garni et un coffre, une vache et son veau et les quelque pauvres hardes alors à son usage.

Ces procédures nombreuses ont au moins eu l'avantage de nous faire connaître des renseignements intimes et pertinents sur la vie courante de nos ancêtres qui, autrement, ne nous seraient jamais parvenus.

Mais au fait, quel pouvait donc être le sentiment de cette chère Françoise Gosse au regard du déroulement de tous ces événements? Nous avons le fort sentiment, pour notre part, qu'elle devait s'être rangée du côté de sa fille, Marie-Ursule, et l'appuyer.